22 mars 2006
Ville chantier
La ville progresse comme un champignon mauvais
une main qui déroule ses doigts avec au bout de chaque doigt une nouvelle main qui pousse et qui déjà déroule ses doigts en tiges - les fraisiers progressent ainsi
Paume posée contre la terre qu'elle commence par retourner, puis aplatir, puis piqueter de béton armé de longs cheveux de fer rouillé, et voilà des murs porteurs encore portés de grues;
Barres d'immeubles en doigts dressés vers le ciel - mâchoire de pierre qui avale les hommes sans bouger, ceux qui s'y jettent croyant bien faire et vivent de prospectus, s'inquiètent pour leurs biens malgré les agents de sécurité dans leurs guérites absurdes - eux ont une oreille sur leurs talkie-walkies qui grésillent d'ennui et le match de foot calé entre les écrans de vidéo-surveillance noirs et blancs où rien ne se passe
Sommeils urbains tout à l'heure imbéciles remplis de voitures;
Car ici les blocs s'encastrent géométriques au bord d'un grand fleuve de goudron
Où chaque jour quelqu'un se noie brûle se disloque s'écrase se fend en deux meurt en miettes dans de la féraille
De chez soi là-haut on doit être aux premières loges, dans son fauteuil climatisé avec télécommande intégrée pour regarder en même temps les accidents à la télé
Et on double en-bas
Sur la bande d'arrêt d'urgence des tsiganes qui transportent du carton dans une charette
Leur cheval mal nourri maigre des hanches peine dans les fumées d'essence
En voiture vue de si vite leur course est une danse triste de pantins à qui l'on a menti sur le décor
Autrefois se dressait là une forêt
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