22 mars 2006

Ville chantier

medium_photos_20_mars_2006_istanbul_011.2.jpg

La ville progresse comme un champignon mauvais

                         une main qui déroule ses doigts avec au bout de chaque doigt une nouvelle main qui pousse et qui déjà déroule ses doigts en tiges - les fraisiers progressent ainsi

 

Paume posée contre la terre qu'elle commence par retourner, puis aplatir, puis piqueter de béton armé de longs cheveux de fer rouillé, et voilà des murs porteurs encore portés de grues;

Barres d'immeubles en doigts dressés vers le ciel - mâchoire de pierre qui avale les hommes sans bouger, ceux qui s'y jettent croyant bien faire et vivent de prospectus, s'inquiètent pour leurs biens malgré les agents de sécurité dans leurs guérites absurdes - eux ont une oreille sur leurs talkie-walkies qui grésillent d'ennui et le match de foot calé entre les écrans de vidéo-surveillance noirs et blancs où rien ne se passe

Sommeils urbains tout à l'heure imbéciles remplis de voitures;

 

Car ici les blocs s'encastrent géométriques au bord d'un grand fleuve de goudron

Où chaque jour quelqu'un se noie brûle se disloque s'écrase se fend en deux meurt en miettes dans de la féraille

De chez soi là-haut on doit être aux premières loges, dans son fauteuil climatisé avec télécommande intégrée pour regarder en même temps les accidents à la télé

 

Et on double en-bas

Sur la bande d'arrêt d'urgence des tsiganes qui transportent du carton dans une charette

Leur cheval mal nourri maigre des hanches peine dans les fumées d'essence

En voiture vue de si vite leur course est une danse triste de pantins à qui l'on a menti sur le décor

 

Autrefois se dressait là une forêt

Les commentaires sont fermés.